Sarkozy s'écarte à nouveau de Kouchner sur le nucléaire iranien
Par issac, 25 sep 2007 à 00:56 | Politique | (Lu 292 fois)
Pour la deuxième fois en quelques jours, Nicolas Sarkozy a pris le contre-pied de Bernard Kouchner sur le dossier du nucléaire iranien en rejetant à nouveau le mot "guerre" utilisé par son ministre et en écartant, pour le moment, toute perspective de l'envoyer à Téhéran.
Comme il l'avait déjà fait jeudi soir à la télévision, le président français s'est démarqué, dans un entretien accordé dimanche au New York Times à l'occasion de sa venue pour l'Assemblée générale de l'ONU, du vocabulaire de son ministre des Affaires étrangères, qui avait provoqué une tempête en estimant que le monde devait se "préparer au pire", c'est-à-dire à une éventuelle "guerre" avec l'Iran.
"Pour ma part, je ne prononce pas le mot guerre", a redit M. Sarkozy, avant de rappeler la nécessité de faire preuve de "beaucoup de fermeté" face à Téhéran.
Selon lui, la crise "est une crise internationale qu'il faut gérer avec beaucoup de sang-froid, avec beaucoup de fermeté, mais avec beaucoup de réflexion (...) Cela ne sert à rien d'évoquer d'autres alternatives. C'est parfaitement contre-productif".
"Ce n'est pas vrai qu'il n'y a aucune solution entre la soumission et la guerre", a poursuivi M. Sarkozy. "Entre la soumission et la guerre, il y a une palette de situations, de solutions qui existent, comme le renforcement des sanctions qui finiront par produire leurs effets".
Enfonçant le clou, il s'est également écarté de son homologue américain George W. Bush, qui avait estimé que "toutes les options sont sur la table", y compris donc le recours à la force.
Cette expression "n'est pas la mienne, et je n'entends pas en faire la mienne", a dit Nicolas Sarkozy.
"La position de la France, elle est là: pas d'arme nucléaire pour l'Iran, l'arsenal des sanctions pour les convaincre, la négociation, la discussion, la fermeté, et je ne veux pas entendre parler d'autre chose qui n'apporterait rien à la discussion aujourd'hui", a-t-il répété.
Lundi à New York, il a d'ailleurs assuré devant l'ONU que Paris était "prêt à aider tout pays qui veut se doter de l'énergie nucléaire civile", y voyant "la meilleure réponse à ceux qui veulent, en violation des traités, se doter de l'arme nucléaire".
Face à la polémique causée par ses propos, M. Kouchner avait lui-même rapidement tenté d'en atténuer la portée en précisant qu'il avait voulu dire qu'il fallait avant tout "éviter la guerre" et "négocier jusqu'au bout".
Au-delà de cette querelle des mots, le président s'est également démarqué de son ministre sur l'opportunité d'un voyage à Téhéran.
"Je ne pense pas que les conditions pour un voyage à Téhéran soient actuellement réunies", a-t-il déclaré au New York Times. "Dans les couloirs de l'ONU, on peut discuter. Un voyage à Téhéran, c'est autre chose".
Interrogé par Le Figaro, M. Kouchner s'était déclaré jeudi prêt à se rendre en Iran s'il y était invité. L'Iran s'était empressé de reprendre ses propos au bond, assurant ne voir "aucun obstacle" à sa venue.
L'Elysée a tenu lundi à gommer les différences apparues dans les déclarations des deux hommes, en s'inscrivant en faux contre l'idée d'un "recadrage" du ministre par le président.
"Non, ce n'est pas un recadrage", a déclaré à l'AFP le porte-parole de la présidence David Martinon. "Il n'y a rien de spécial par rapport à Bernard Kouchner dans l'interview", a ajouté M. Martinon. Avant de préciser que le chef de l'Etat n'était "pas du tout en colère" contre son ministre.
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